Qui
était the H ?
1988
Lorsque je fais sa connaissance, The H a 11 ans, moi 26. C'est un enfant très réservé et replié sur lui-même. Il semble toujours préoccupé, et on ne sent pas chez lui l'insouciance des enfants de son âge. Il ne joue pas avec les garçons, car il les trouve "idiots" et « brutaux », mais cherche souvent refuge, lorsque l'un d'eux « lembête », auprès des surveillantes, dont je fais partie à l'époque.
Il émane de cet enfant quelque chose d'étrange qui me trouble immédiatement. Revenant enchanté d'un voyage scolaire aux Etats-Unis, il me dit un jour que 1988 est la plus belle année de sa vie. Sa jeune soeur Hélène est terrassée quelques mois plus tard par les complications d'une anesthésie effectuée pour l'opérer d'un cancer. Ce dernier, après l'avoir atteint à âge de 2 ans et disparu durant 3 ans, s'était propagé puis généralisé soudainement.
1989
A 12 ans, l'éveil de The H est perturbé par la mort et la souffrance. Il commence à produire des dessins pornographiques qui traduisent son malaise. Son père s'en aperçoit et le traumatise en le culpabilisant, ce qui n'arrange pas les choses.
1990
The H est en quatrième. Il a 13 ans. Il vit une adolescence précoce, déclenchée par la disparition de sa soeur. Ses relations avec les filles deviennent de plus en plus complexes. Il tombe amoureux Sandrine, 14 ans, à laquelle il adresse de nombreux mots remplis de souffrance, mais renonce à elle pour s'intéresser à son petit ami, Michel. Ce brusque changement destabilise The H, qui donne naissance à "the H". Puis, il tombe follement amoureux, en colonie de vacances, de Cédric. Celui-ci devient ainsi le premier des cinq "hamants".
1991
The H vit une véritable crise d'adolescence. Alors âgé de 14 ans, il fait une tentative de suicide. Lorsqu'on parle avec lui, on dirait que sa vie est le pire des enfers. Quand on lui dit qu'il est intelligent, il dit que cela le rend anormal vis-à-vis des autres; que ses parents sont riches, il répond qu'il les trouve trop riches. Si on lui parle de filles, il hausse les épaules et dit qu'il se trouve trop laid. Qu'on prononce le mot "garçons", et ses yeux s'emplissent de larmes
Il mécrira un jour : "La triste lune est ma mère, et le misérable soleil, mon père. Ces pitoyables astres ont donne ma préférence au prénom de The H. Mon nom n'est point celui que m'ont donné mes riches parents de chairs, Mais plutôt celui qu'ont voulu pour moi les pauvres tout-puissants."
1993
A l'âge de 15 ans, The H vit le paroxysme de son malaise. Il fait une deuxième tentative de suicide lorsque Sandrine meurt percutée par une voiture. Elle venait de lui dire qu'elle mourrait s'il lui confirmait la rumeur qui disait qu'il était homosexuel.
En septembre, il écrit à Marion L., une jeune fille qu'il avait rencontré un an plus tôt en colonie de vacances. Elle le met en relation avec un de ses anciens petits amis,Ludovic, devenu homosexuel. coup de foudre épistolaire : The H tombe amoureux de celui qui devient son deuxième hamant, sans jamais l'avoir vu.
La deuxième moitié de 1993 est une période de métamorphose pour The H. Dès l'écriture, en août, du premier texte dAvec un grand H il change du tout au tout. Son mal être se résorbe, puis va jusquà sinverser, rendant The H sûr de lui et mégalomane. On peut constater le bouleversement physique évident qui accompagne ce revirement de mentalité. The H mûrit.
1994
Avec 1994 arrive une période de bien-être rare dans la vie de The H. Après avoir écrit "Existence", un recueil de 43 poèmes sur la réincarnation (cf.Anthos Legein), il tombe amoureux du troisième hamant, Xavier, un de ses camarades de classe depuis la rentrée 1992. A "Avec un grand H" succède un roman d'amour quasiment autobiographique, "Par Hamour". The H est alors rayonnant, heureux. On croirait qu'il a accompli sa mission sur terre lorsqu'il signe ce roman. Même sa première expérience sexuelle en février ne le perturbe pas : Par expiation, peut-être aussi par vengeance, il couche sur le papier les actions de celui qui l'a ainsi humilié (cf. Par Hamour).
A la rentrée scolaire de septembre 94, The H rencontre le quatrième hamant, Jean-François, qui se fait appeler «JeF». The H le surnommera souvent son "protecteur et bourreau". En effet, JeF est irrésistible, plein de douceur et d'ambiguïté. Il dessine à merveille et écrit de divins poèmes. Malheureusement, il est hétérosexuel et absolument insatiable.
The H, une fois sa déception passée, lie une amitié peu commune avec JeF. Mais il compte les conquêtes amoureuses de son ami avec une amertume qui laisse deviner sa grande jalousie. Comble de la torture, JeF flirte de temps en temps avec The H, mais le déçoit toujours peu de temps après en se tournant à nouveau vers une autre dulcinée. Malgré cela, jamais the H n'aura été aussi épanoui qu'en la compagnie de JeF ; aussi produit-il une grande quantité de poèmes inédits (cf.Anthos Legein).
1995
Lannée 1995, multiple de cinq, signe le déclin de The H.
Perturbé par des évènements paranormaux à partir de février, son équilibre nerveux commence à se dégrader dès lors qu'il découvre la malédiction du cinq, en la couchant lui-même sur le papier dans "Tristan le maudit", un roman qui reste inachevé (cf.Anthos Legein). Ayant perdu pratiquement tous ses amis, il commence alors à écrire "Solitude", livre obscur et visionnaire dans lequel il consigne ses rêves prémonitoires et les présages des esprits avec lesquels il communique.En avril, The H apprend que Ludovic est décédé deux mois plus tôt du SIDA. Celui-ci l'avait toujours caché à The H, de peur qu'il ne veuille le partager avec lui par amour. Puis vient le départ de JeF, en juillet :Celui-ci déménage à titre définitif avec ses parents à Bordeaux. Le choc est difficilement surmontable par the H, d'où une vague de poésies totalement désespérées (cf. Anthos Legein).The H, de plus en plus faible et nerveux à la fois, est victime d'un viol colectif début août. C'en est trop pour lui. Il baisse les bras. Je me souviens le voir maigrir à vue d'oeil, être blême et sans réactions. Il dit que la seule façon de le sauver est qu'il trouve enfin l'amour, mais je n'ose lui présenter personne tant il fait peine à voir. Totalement déstabilisé, il quitte ses parents pour aller habiter seul dans un studio de quinze mètres carrés. The H est a l'agonie. Sentant sa fin venir, il écrira un an plus tard "La Cause Gaie", voeu de bonheur pour les gays qui lui survivront, ainsi qu'un grand nombre de poésies inédites (cf. Anthos Legein).
1999
The H est décédé le 8 août 1999. Cette mort en question relève du paranormal. Affaibli par le départ de son "ami-hamant" Jean-François, The H est tombé amoureux du cinquième hamant lors d'une fête entre amis, le 5 mai 1999. Celui-ci portait le prénom préféré de the H, avait le même âge que lui, et était lui aussi homosexuel. Le coup de foudre fut immédiat et réciproque.
The H a vécu avec son ami pendant deux mois. J'ai souvent entendu ce dernier chuchoter à the H : "N'allons pas trop vite, méfions-nous des coups de foudre qui peuvent détruire lAmour..."Puis ce dernier est parti trois semaines en voyage linguistique aux Etats-Unis.
Durant ces trois semaines, j'ai eu l'occasion de lire les lettres enflammées que The H lui envoyait, et celles qu'il recevait de lui. Elles étaient étranges, parfois morbides, mais toujours passionnées et d'une pureté qui semblait surhumaine.
Puis, le 8 août, lhamant est revenu. Il pleuvait à torrents ce jour là, et un orage d'une rare violence sévissait au dessus de l'aéroport de Nice. The H attendait son "hamoureux" avec une rose noire qu'il avait commandée spécialement pour l'occasion. Il était extrêmement anxieux à l'idée que la foudre ne tombe sur l'avion. J'avais beau lui répéter que les éclairs ne causent aucun dommage à ce qui ne touche pas le sol, rien n'y faisait. Lorsque, enfin, l'appareil de Tristan a pu se poser, the H s'est précipité, sous la pluie, sur la piste d'atterrissage pour accueillir celui qu'il aimait plus que tout.
A sa sortie le l'appareil, The H s'est jeté sur la piste, dans les bras de Tristan, sans prêter attention aux regards gênés des autres passagers. J'arrivais à peine, essoufflée, lorsque le drame s'est produit. La foudre a frappé the H et son "bien-haimé" dans un bruit assourdissant.
Lorsque mes yeux éblouis ont pu à nouveau distinguer la piste, la rose noire gisait, intacte, à terre. Pas de cendres, plus rien que la rose.